Je l’ai observée à la terrasse du café d’en face, ce matin. Tasse de thé à la main, carnet ouvert, elle souriait en consultant son agenda. Rien ne laissait deviner qu’elle enchaînait trois métiers avant le dîner. Pendant que la plupart d’entre nous luttons pour trouver un équilibre entre vie pro et perso, elle semblait avoir trouvé le secret pour jongler avec plusieurs casquettes sans perdre son calme. J’ai fini par aller lui parler, poussée par cette curiosité qui me caractérise tant. Ce que j’ai découvert n’est pas une superwoman, mais une femme ordinaire avec des méthodes extraordinaires.
Le mirage du multitâche : pourquoi nous nous épuisons à courir après plusieurs lièvres
Combien de fois m’a-t-on vanté les mérites du multitasking ? Cette capacité supposée à tout faire en même temps, symbole de productivité et d’efficacité. Pourtant, les neurosciences nous le confirment depuis des années : le cerveau humain ne peut se concentrer pleinement que sur une tâche à la fois. Ce que nous appelons « multitâche » n’est en réalité qu’un va-et-vient constant entre différentes activités, épuisant nos ressources cognitives et augmentant notre stress de 40% selon une étude récente.
Notre slasheuse, que j’appellerai Clara pour préserver son anonymat, m’a expliqué sa première révélation : elle ne fait jamais plusieurs choses en même temps. Contrairement à l’image d’Épinal de la femme super productive qui rédige un mail tout en participant à une visio et en préparant son dîner, Clara compartmentalise strictement ses activités. Chaque job a son créneau dédié, et pendant ce temps, rien d’autre n’existe.
Le vrai problème, selon elle, ne serait pas le nombre d’activités mais la manière dont nous les abordons. « Beaucoup croient que cumuler les jobs signifie devoir tout faire en même temps, alors qu’il s’agit simplement d’organiser des séquences distinctes. » Cette prise de conscience a été son premier pas vers une gestion sereine de ses multiples casquettes.
Les trois pièges du slashing non maîtrisé
À travers son expérience et celles d’autres slasheurs interviewés, Clara identifie trois écueils majeurs :
- La confusion des temporalités : ne pas définir de plages horaires claires pour chaque activité
- L’ubiquité mentale : penser à son job A alors qu’on est censé être dans le job B
- L’éparpillement énergétique : tenter de maintenir le même niveau d’intensité sur tous les fronts
Ces erreurs transforment ce qui pourrait être une richesse professionnelle en source d’épuisement constant. La solution ? Un cadrage rigoureux qui pourrait sembler contraignant au premier abord, mais qui libère en réalité énormément d’espace mental.
La méthode des « saisons professionnelles » : comment Clara structure sa semaine
Clara m’a dévoilé son système d’organisation, qu’elle appelle affectueusement ses « saisons professionnelles ». Loin du planning surchargé que j’imaginais, son agenda ressemble à une partition musicale où chaque instrument joue sa partition au moment précis, sans empiéter sur les autres.
Voici comment se décompose typiquement sa semaine :
Jour | Matin (9h-12h) | Après-midi (14h-18h) | Soirée (20h-22h) |
---|---|---|---|
Lundi | Rédaction web (client A) | Rédaction web (client B) | Formation en ligne (préparation) |
Mardi | Coaching individuel | Coaching individuel | Lecture professionnelle |
Mercredi | Formation en ligne (création) | Administration et comptabilité | Temps libre |
Jeudi | Rédaction web (client C) | Recherches et veille | Développement perso |
Vendredi | Coaching de groupe | Bilan semaine et planning | Temps libre |
Ce qui frappe dans son organisation, c’est la régularité des plages horaires dédiées à chaque activité. Le cerveau adore les routines, et en associant chaque job à des créneaux fixes, elle réduit considérablement l’énergie dépensée en transitions mentales.
Le secret des transitions réussies
Entre chaque activité, Clara s’accorde systématiquement ce qu’elle appelle des « sas de décompression ». Il ne s’agit pas de pauses longues – souvent 15 à 30 minutes maximum – mais de véritables rituals de transition :
- Une courte méditation ou quelques minutes de respiration consciente
- Un changement de lieu physique (passer d’une pièce à une autre)
- Une boisson différente pour chaque type d’activité
- Une playlist spécifique à chaque job
Ces petits rites aident son cerveau à « fermer un dossier » et à en « ouvrir un autre » sans carry-over mental. « Au début, je trouvais ça un peu ridicule, mais maintenant, mon corps et mon esprit savent que quand je bois mon thé matcha, je suis en mode rédaction, et quand je passe à mon infusion de verveine, c’est l’heure du coaching. »
La gestion énergétique : prioriser selon son flux naturel
L’une des découvertes les plus fascinantes de Clara concerne l’adaptation de ses activités à son énergie naturelle. Contrairement à ceux qui tentent de lutter contre leurs rythmes biologiques, elle a appris à les épouser.
« Pendant des années, j’ai essayé de faire du travail créatif l’après-midi alors que mon pic de concentration se situe clairement entre 9h et 12h. Je perdais un temps fou à lutter contre ma nature. » Maintenant, elle réserve les tâches demandant le plus de focus à ses moments de peak energy, et garde les activités plus routinières pour les creux de vigilance.
Sa grille de lecture énergétique s’articule autour de quatre types d’activités :
Type d’énergie | Période idéale | Activités correspondantes |
---|---|---|
Créative | 9h-12h | Écriture, conception de formations, stratégie |
Relationnelle | 14h-17h | Coaching, meetings, réseautage |
Administrative | 17h-18h30 | Facturation, emails, planning |
Inspiratrice | 20h-22h | Lecture, veille, développement perso |
Cette approche lui permet de travailler avec son corps plutôt que contre lui, réduisant ainsi la fatigue et le stress. « Quand j’entends des gens dire qu’ils n’arrivent pas à se concentrer l’après-midi, je leur suggère simplement de ne pas programmer des tâches demandant une concentration maximale à ce moment-là. »
L’acceptation des cycles naturels
Clara insiste sur un point crucial : certains jours, l’énergie n’est simplement pas au rendez-vous. Au lieu de lutter contre cette réalité, elle a appris à adapter son planning en conséquence. « J’ai une grille A, B et C selon mon niveau énergétique. Le planning A, c’est quand je suis au top de ma forme. Le B, pour les jours moyens. Et le C, pour les jours où je dois vraiment me reposer. »
Cette flexibilité interne lui évite de culpabiliser les jours moins productifs et lui permet de rebondir plus rapidement. « Accepter que je ne peux pas être performante à 100% tous les jours a été libérateur. Maintenant, les jours C, je fais ce qui doit être fait et je me repose sans remords. »
La déconnection mentale : l’art de ne penser qu’à une chose à la fois
Le plus impressionnant chez Clara reste sa capacité à être totalement présente à ce qu’elle fait. Pendant notre entretien, son téléphone était en mode avion, son ordinateur fermé, et son regard ne quittait pas le mien. « Quand je suis avec quelqu’un, je suis avec cette personne. Point final. »
Cette qualité d’attention, devenue si rare à notre époque, serait selon elle la clé de voûte de sa gestion du stress. « Beaucoup de stress vient de cette impression de devoir penser à tout en même temps. En apprenant à être complètement là où je suis, j’ai réduit mon anxiété de probably 80%. »
Sa technique pour développer cette présence ? La pratique systématique de ce qu’elle appelle le « ancrage activitynel ». « Quand je commence une activité, je prends trente secondes pour conscientiser ce que je vais faire, pourquoi je le fais, et ce dont j’ai besoin pour le faire bien. Ce petit ritual me permet d’embarquer pleinement dans la tâche. »
Les outils concrets pour rester focus
Clara utilise plusieurs astuces simples mais efficaces pour maintenir sa concentration :
- Le time blocking : des plages de travail sans interruption de 45 à 90 minutes
- Le bureau physique : un espace différent pour chaque type d’activité quand c’est possible
- Les indicateurs de contexte : une lumière, une musique, une tenue spécifique à chaque job
- La règle des « 3 objectifs » : ne se fixer que trois choses à accomplir par plage de travail
« Quand je suis en mode rédaction, j’allume ma lampe bureau bleue, je mets ma playlist ‘focus’ et je sais que pendant les 90 prochaines minutes, je ne ferai rien d’autre qu’écrire. Cette clarté est incroyablement apaisante. »
La gestion des priorités : dire non pour mieux dire oui
Un aspect moins visible mais crucial de la méthode Clara réside dans sa capacité à refuser certaines opportunités. « Au début, je disais oui à tout, terrorisée à l’idée de manquer une chance. Résultat : j’étais surbookée, stressée, et je faisais mal mon travail. »
Le tournant s’est produit quand elle a établi ses « critères de sélection » très stricts pour accepter un nouveau projet ou client :
- L’activité doit correspondre à ses compétences cœur
- Le client doit partager ses valeurs de travail
- Le projet doit s’insérer harmonieusement dans son planning existant
- La rémunération doit être alignée avec son tarif horaire minimum
« Maintenant, je refuse environ 70% des sollicitations. Paradoxalement, je gagne mieux ma vie et je travaille moins. En étant plus sélective, je me concentre sur ce que je fais vraiment bien et mes clients sont plus satisfaits. »
La matrice décisionnelle de Clara
Pour prendre ses décisions rapidement et sans stress, Clara s’est créé une grille d’évaluation simple :
Critère | Note (1-5) | Pondération |
---|---|---|
Intérêt professionnel | /5 | 30% |
Alignement valeurs | /5 | 25% |
Rémunération | /5 | 25% |
Plannification | /5 | 20% |
Toute proposition qui n’atteint pas un score minimum de 3,5/5 est automatiquement déclinée. « Ce système m’évite des heures de tergiversations et de doute. Les chiffres décident pour moi, c’est beaucoup moins émotionnel. »
L’équilibre vie pro-vie perso : pourquoi les frontières sont essentielles
Ce qui distingue Clara de beaucoup de slasheurs épuisés, c’est sa vigilance absolue à préserver sa vie personnelle. « Mes trois jobs ne définissent pas qui je suis. Ils sont ce que je fais, pas ce que je suis. »
Elle m’a confié avoir traversé une période de burn-out il y a trois ans, precisely parce qu’elle avait laissé ses activités professionnelles envahir tout son espace mental. « Je rêvais de fichiers Excel, je vérifiais mes mails à 2h du matin, je parlais boutique pendant les repas de famille. J’étais devenue insupportable et épuisée. »
Sa solution radicale : des frontières physiques et temporelles infranchissables. Plus de travail le week-end. Plus d’emails après 19h. Des espaces dédiés au travail qui ferment littéralement à clé quand elle n’y est pas. « Quand je quitte mon bureau, je tire un trait mental. C’est fini pour aujourd’hui. Point. »
Les rituels de transition vie pro/vie perso
Clara a développé des rituals très structurés pour passer d’un mode à l’autre :
- Une « checklist de fermeture » en fin de journée
- Une promenade de 15 minutes après le travail pour decompresser
- Un changement de tenue systématique
- Un temps de gratitude pour ce qui a été accompli
« Ces petits rites signalent à mon cerveau que la journée de travail est terminée. Au début, ça me semblait un peu forced, mais maintenant, c’est devenu naturel. Mon corps et mon esprit savent que quand je mets mon pantalon de jogging, je passe en mode off. »
L’adaptation continue : réviser son système régulièrement
Le système de Clara n’est pas figé. Elle consacre chaque vendredi après-midi à un bilan de la semaine et à l’ajustement de son organisation. « Ce qui marche aujourd’hui ne marchera peut-être pas dans six mois. Il faut rester flexible et s’adapter. »
Lors de ces sessions de review, elle se pose les questions suivantes :
- Qu’est-ce qui a bien fonctionné cette semaine ?
- Où ai-je rencontré des difficultés ?
- Mon énergie était-elle bien répartie ?
- Ai-je respecté mes frontières ?
- Quels ajustements pour la semaine prochaine ?
Cette pratique régulière d’auto-évaluation lui permet d’éviter l’accumulation de frustrations ou de déséquilibres. « C’est comme un entretien régulier qu’on ferait avec sa voiture. On detecte les petits problèmes avant qu’ils ne deviennent graves. »
L’évolution de sa méthode sur trois ans
Clara m’a montré ses agendas des années passées, et le changement est frappant. Alors que ses débuts étaient marqués par la surcharge et l’improvisation, son organisation actuelle respire la sérénité et l’intentionnalité. « J’ai appris à me connaître, à comprendre mes rythmes, mes forces, mes limites. Le slashing réussi, c’est d’abord une connaissance de soi approfondie. »
Quelles sont les erreurs les plus courantes quand on veut cumuler plusieurs activités ?
La principale erreur est de vouloir tout faire en même temps, sans créer de séparation claire entre les différentes activités. Beaucoup sous-estiment également l’importance de connaître leurs rhythms naturels d’énergie et de concentration.
Faut-il nécessairement avoir un espace de travail différent pour chaque job ?
Idéalement, oui, mais ce n’est pas toujours possible. L’important est de créer des signaux distincts pour chaque activité – musique, lumière, tenue – qui aident le cerveau à switcher de mode. Même dans un seul espace, on peut créer des ambiances différentes.
Comment fixer ses tarifs quand on a plusieurs métiers ?
Il est crucial d’établir un tarif horaire minimum en dessous duquel on ne descend pas, quel que soit le métier. Certaines activités peuvent être mieux rémunérées que d’autres, mais il faut éviter la dispersion tarifaire qui mène souvent à l’épuisement.
Est-il possible de commencer progressivement ou faut-il se lancer dans les trois jobs en même temps ?
Absolument, il vaut mieux commencer par ajouter une activité à la fois, bien la structurer, comprendre son rythme, puis seulement ajouter la suivante. Le multitasking professionnel s’apprend progressivement.
Comment gérer la pression administrative quand on cumule plusieurs statuts ?
En dédiant des plages horaires spécifiques à l’administration et en automatisant un maximum de processus. Beaucoup de slasheurs sous-traitent également une partie de cette charge à un comptable ou un assistant virtuel.