Il y a des silences qui pèsent plus lourd que des mensonges. Celui qui s’installe entre votre écran d’ordinateur et vous, à 23h47, quand toute la famille dort depuis longtemps. Ce silence particulier des nuits où l’on sait qu’on traverse une frontière invisible, celle qui sépare ce qu’on accepte de faire pour garder son travail et ce qu’on pensait jamais devoir faire. Moi, Émilie, celle qui corrige scrupuleusement les fautes d’orthographe des mails de sa belle-mère, j’ai menti à mon employeur pendant vingt-quatre mois. Pas un petit mensonge blanc, non. Un mensonge structuré, organisé, presque professionnel.
Le poids du secret : comment un petit arrangement devient une double vie
Tout a commencé par une omission, si banale qu’elle en était presque innocente. Ce mardi de mars 2023, mon fils de cinq ans était fiévreux, mon dossier urgent devait être rendu pour 10h, et mon conjoint était en déplacement. J’ai simplement dit que « des problèmes de connexion » ralentissaient mon travail. Personne n’a questionné cette version. La semaine suivante, quand les retards se sont accumulés, j’ai inventé un problème technique plus élaboré. Puis un autre. Chaque mensonge appelait le suivant, comme des dominos qui tombent en cascade. Je me suis surprise à prendre des notes sur mes propres inventions, à créer toute une mythologie numérique pour justifier mes retards. Le pire ? J’étais plutôt douée pour ça. Je développais une étrange compétence dans l’art de maquiller la réalité, comme si j’écrivais un roman dont j’étais l’héroïne et la narratrice.

L’engrenage infernal : quand le mensonge devient routine
Au bout de six mois, mon emploi du temps ressemblait à celui d’un agent secret. J’avais développé tout un système : des captures d’écran modifiées, des mails automatiques programmés pour s’envoyer à des heures plausibles, même un faux bruit de fond pour les appels imprévus. Je connaissais par cœur les temps de réponse « normaux » de notre serveur, les messages d’erreur types de notre logiciel interne. Je devenais une experte en panne fictive. Pourtant, chaque nuit, je rattrapais le travail en retard, mes nuits de sommeil se réduisant comme peau de chagrin. La culpabilité devenait mon compagnon de bureau, plus présent que ma tasse de thé toujours froide.
Les raisons cachées : ce qui pousse à mentir dans son environnement professionnel
Derrière chaque mensonge se cache une peur. La mienne ? Celle de décevoir, de paraître faible, incompétente. Dans un monde où la productivité est reine, avouer qu’on n’arrive pas à suivre semble être la pire des trahisons. Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une récente étude, 68% des employés admettent avoir déjà menti à leur supérieur pour cacher un retard ou une difficulté. La pression professionnelle actuelle crée un terrain fertile pour ces petits arrangements avec la vérité.
Voici les principales raisons qui poussent aux mensonges professionnels :
- La peur du jugement et de perdre sa crédibilité
- Une charge de travail inadaptée qu’on n’ose pas remettre en question
- La culture d’entreprise qui valorise la performance à tout prix
- Le manque de bienveillance dans les relations hiérarchiques
- L’angoisse de perdre son emploi dans un contexte économique tendu
Dans mon cas, c’était un mélange de tout cela. J’avais peur qu’on me retire les dossiers intéressants, qu’on me considère comme moins compétente. Pourtant, comme je l’ai découvert plus tard en parlant avec des collègues, les RH cachent souvent la réalité des équilibres vie pro-perso.
Les conséquences insoupçonnées du mensonge systématique
Le plus surprenant dans cette histoire ? Ce n’est pas tant la peur de me faire prendre qui m’a rongée, mais l’impact psychologique de vivre dans ce double jeu permanent. Je développais une anxiété chronique, sursautant au moindre mail de mon manager, analysant chaque conversation pour détecter d’éventuels soupçons. Mon sommeil se dégradait, ma concentration aussi. Je commençais à m’isoler, évitant les déjeuns d’équipe de peur de laisser échapper un détail incohérent.
Voici comment le mensonge affecte progressivement notre psychisme :
Phase | Symptômes | Impact professionnel |
---|---|---|
1-3 mois | Stress modéré, vigilance accrue | Productivité maintenue |
3-12 mois | Anxiété, troubles du sommeil | Qualité du travail fluctuante |
12+ mois | Épuisement, isolement, culpabilité permanente | Baisse notable de performance |
Je me reconnaissais de plus en plus dans les signaux d’alerte du burnout que j’avais pourtant lus des mois auparavant.
Le jour où tout a basculé : la nécessaire révélation
Le déclic est venu d’un mail anodin. Un collègue complimentait ma « résilience face aux problèmes techniques récurrents ». Cette phrase m’a frappée comme une gifle. On admirait ma capacité à surmonter des obstacles… que j’inventais moi-même. J’ai réalisé l’absurdité de la situation : je m’épuisais à maintenir une illusion qui ne servait personne. Ce soir-là, j’ai pris la décision la plus terrifiante de ma carrière : tout avouer.
Prendre la parole : le guide pratique pour se confesser
J’ai préparé cette conversation comme on prépare un oral d’examen. J’ai listé tous mes mensonges, noté les faits précis, anticipé les questions. surtout, j’ai expliqué le pourquoi : pas pour excuser, mais pour comprendre. Et contre toute attente, mon manager a écouté. Vraiment écouté. Il m’a confié plus tard que l’honnêteté dont j’avais fait preuve était plus précieuse que la perfection illusoire que je tentais de maintenir.
Les étapes clés pour une révélation réussie :
- Choisir le bon moment et le bon cadre (en privé, sans interruption)
- Préparer ce qu’on va dire sans se chercher d’excuses
- Assumer pleinement ses actes et leurs conséquences
- Proposer des solutions concrètes pour réparer
- Être prêt à accepter la réaction de l’autre
Après la révélation : reconstruire la confiance et se reconstruire soi
Les semaines qui ont suivi ont été étranges. Certains collègues me regardaient différemment, d’autres semblaient admiratifs de mon courage. Mon manager a mis en place des points réguliers pour ajuster ma charge de travail, sans jugement. Petit à petit, la transparence est devenue notre nouvelle norme. Je pouvais enfin dire « je suis débordée » sans craindre le pire.
Cette expérience m’a appris plusieurs leçons précieuses :
- La perfection est moins valorisée que l’authenticité
- Most des problèmes qu’on croit insurmontables ne le sont pas
- La confiance se gagne aussi dans la manière de réparer ses erreurs
- Se libérer d’un secret procure un soulagement physique tangible
Comme je l’ai écrit dans un précédent article sur les secrets qui isolent, porter un mensonge seul finit par vous couper des autres.
Ce que j’aurais aimé savoir avant de commencer à mentir
Aujourd’hui, avec le recul, je mesure le temps et l’énergie gaspillés à entretenir cette fiction. Le pire dans tout ça ? Mon travail n’a jamais été aussi bon que depuis que j’ai arrêté de mentir. En acceptant mes limites, j’ai pu mieux les gérer. En étant honnête sur mes difficultés, j’ai reçu l’aide dont j’avais besoin.
Si c’était à refaire, je agirais différemment :
Ce que j’ai fait | Ce que je ferais aujourd’hui |
---|---|
Cacher mes difficultés | Demander de l’aide dès les premiers signes |
Inventer des excuses | Proposer des solutions réalistes |
Travailler en cachette | Négocier des délais adaptés |
Croitre que la perfection était attendue | Comprendre que l’humain est imparfait |
Comme pour beaucoup d’organisatrices d’EVJF, la pression de bien faire peut nous pousser à des extrémités contre-productives.
Questions fréquentes sur les mensonges au travail
Peut-on vraiment être licencié pour avoir menti à son employeur ?
Oui, le mensonge constitue une violation de la obligation de loyauté qui lie tout salarié à son employeur. Selon la gravité du mensonge et ses conséquences, il peut s’agir d’une faute grave justifiant un licenciement.
Comment reprendre une relation de confiance avec son manager après avoir menti ?
La reconstruction passe par une transparence totale et des actions concrètes. Montrer par son comportement qu’on a compris la gravité de ses actes et qu’on travaille à regagner la confiance perdue.
Faut-il avouer tous ses mensonges en une fois ?
Il est préférable de tout révéler en même temps plutôt que de faire des révélations au compte-gouttes qui entretiendraient un climat de méfiance permanent.
Comment éviter de retomber dans le mensonge par facilité ?
En travaillant sur sa capacité à dire non, à fixer des limites claires et à demander de l’aide quand nécessaire. La communication honnête est une compétence qui se développe avec la pratique.
Les petits mensonges sans importance sont-ils vraiment graves ?
C’est souvent par les petits mensonges qu’on commence à installer une culture de la dissimulation. Même un mensonge apparemment anodin peut fragiliser la relation de confiance.