Ce matin, je me suis réveillée avec cette lumière particulière qui filtre à travers les stores d’une chambre qui n’est pas la mienne. L’odeur du café qui monte d’une cuisine inconnue, le bruit des klaxons dans une langue étrangère… Il y a six mois, j’aurais paniqué. Aujourd’hui, c’est mon quotidien. J’ai tout quitté pour cette sensation de liberté pure, cette ivresse de l’inconnu qui chaque matin me fait me lever avec l’impression que tout est possible. Mes parents, eux, appellent ça « faire une crise de la trentaine ». Moi j’appelle ça renaître.
Le jour où j’ai décidé de tout laisser derrière moi
Je me souviens de ce dimanche pluvieux de février où j’ai fait le tri dans mon armoire. Devant moi s’étalaient des années d’accumulation : des robes achetées pour des occasions spéciales qui n’étaient jamais venues, des talons hauts qui me faisaient mal aux pieds, des cadeaux qu’on m’avait offerts et que je gardais par politesse. Je tenais dans mes mains le poids de ma vie d’avant – lourde, encombrante, étouffante. Ce jour-là, j’ai compris que je possédais trop de choses pour être vraiment libre.
La veille de mon départ, j’ai regardé le documentaire « Minimalism » sur Netflix. Ces hommes qui vivaient avec moins de cent objets m’ont fascinée. Je me suis demandé : et si le bonheur ne se mesurait pas à la quantité de choses qu’on possède, mais à la légèreté avec laquelle on se déplace dans le monde ? J’ai alors adopté leur mantra : « Si je ne l’utilise pas au moins une fois par mois, je ne le prends pas ». Mon sac à dos de 70 litres est soudain devenu un espace infini.

Ce qui reste quand on ne garde que l’essentiel
Au final, j’ai embarqué si peu de choses que ça tiendrait dans un cube de 50 cm³. Juste de quoi survivre et me sentir moi-même :
- Quelques vêtements techniques qui sèchent vite et s’adaptent à tous les climats
- Ma trousse de toilette avec l’indispensable : mon déodorant Le Petit Marseillais qui sent bon le sud et me rappelle la maison
- Mon carnet Moleskine où je griffe mes impressions au fil des routes
- Mon téléphone et mon ordinateur pour rester connectée au monde
- Un seul livre que j’échange contre un autre quand je l’ai fini
Le plus surprenant ? Je ne ressens absolument pas le manque. Au contraire. Chaque objet que je possède maintenant est choisi, aimé, utile. Plus de vêtements « au cas où », plus de babioles accumulées lors de soldes impulsives. Juste l’essentiel, juste moi.
La routine du nomade : entre liberté et discipline
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ma vie n’a rien d’un chaos perpétuel. Au contraire, le nomadisme m’a imposé une routine bien plus stricte que ma vie d’avant. Seulement, il s’agit d’une routine choisie, non subie. Chaque matin, je me lève avec le soleil. Mon premier geste : écrire trois pages dans mon journal, comme Julia Cameron le recommande dans « The Artist’s Way ». Puis vient le temps du café, bu lentement en regardant le monde s’éveiller.
Mes parents s’imaginent que je vis dans l’improvisation totale. Ils ne savent pas que je planifie mes journées avec une précision d’horloger. Comment pourrais-je faire autrement ? Quand on porte sa maison sur son dos, chaque décision compte. Chaque gramme en trop, chaque détour imprévu, chaque dépense superflue peut avoir des conséquences. Cette discipline, paradoxalement, me libère.
Comment j’organise mes journées sans contraintes fixes
Ma routine varie selon les pays, les climats, les rencontres. Mais certains principes restent immuables :
Moment de la journée | Activité | Objectif |
---|---|---|
Matin (6h-9h) | Écriture, méditation, petit-déjeuner lent | Se connecter à soi avant de se connecter au monde |
Mi-journée (9h-16h) | Marche, exploration, rencontres | S’imprégner des lieux et des cultures |
Soirée (16h-20h) | Repas, lecture, planification du lendemain | Assimiler les experiences et préparer la suite |
Nuit (20h-6h) | Sommeil profond et réparateur | Recharger les batteries pour de nouvelles aventures |
Cette structure légère me permet de garder un ancrage tout en restant ouverte à l’imprévu – qui fait partie intégrante du voyage. Comme le disait si bien Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »
Le choc des cultures… et celui du retour
L’été dernier, je suis rentrée en France pour deux mois. Entrer dans ma chambre d’enfant a été une expérience… troublante. Voir tous ces objets que j’avais accumulés pendant vingt ans m’a donné littéralement le tournis. Les étagères croulaient sous les livres non lus, les placards regorgeaient de vêtements portés une fois, les tiroirs contenaient des souvenirs dont j’avais oublié l’existence.
En une semaine, j’ai fait le tri radical. J’ai donné la moitié de mes vêtements à des associations, offert mes livres à la bibliothèque municipale, jeté des kilos de papiers inutiles. Mes parents me regardaient faire avec une inquiétude croissante. « Mais tu vas regretter ! » me répétait ma mère. Six mois plus tard, je ne regrette absolument rien. Au contraire, cette purge m’a libérée d’un poids que je ne soupçonnais même pas.
Ce que mes parents ne comprennent pas (encore)
Leur inquiétude, je la comprends. Ils appartiennent à une génération pour laquelle la stabilité était la valeur suprême. Avoir un CDI, un appartement, une voiture, des meubles… Autant de preuves tangibles qu’on avait « réussi sa vie ». Moi, j’ai troqué tout cela contre des expériences, des sensations, des rencontres.
Pourtant, je ne suis pas inconsciente. J’ai mis de l’argent de côté pendant des années avant de me lancer. J’ai planifié, anticipé, sécurisé. Mon nomadisme n’a rien d’une fuite en avant – c’est un choix délibéré, mûri pendant des années. Comme je l’expliquais dans mon article sur les signes avant-coureurs du burnout, parfois le véritable courage consiste à changer de direction quand tout vous pousse à continuer droit dans le mur.
Les petits luxes qui me font me sentir chez moi partout
Ne posséder presque rien ne signifie pas renoncer au plaisir. Au contraire, cela m’a appris à apprécier davantage les petites choses. J’ai développé des rituels qui transforment n’importe quelle chambre d’hôtel ou auberge de jeunesse en un chez-moi éphémère.
Dès que j’arrive dans un nouveau lieu, je sors trois objets de mon sac : ma bougie parfumée Nature & Découvertes qui embaume instantanément la pièce, ma photo de famille dans son petit cadre léger, et mon coussin de voyage que j’ai cousu moi-même. En cinq minutes, l’endroit impersonnel devient mon nid. Ces ancrages sensoriels m’aident à me recentrer où que je sois dans le monde.
Ma trousse de toilette : un concentré de bonheur
J’ai radicalement réduit mes produits beauté, mais ceux que j’ai conservés sont soigneusement choisis pour leur efficacité et le plaisir qu’ils me procurent :
- Mon shampoing solide Lush qui sent bon les vergers en fleurs
- Ma crème hydratante Yves Rocher qui me rappelle les promenades en forêt
- Mon parfum Sézane qui est ma signature olfactive depuis des années
- Mon baume à lèvres acheté chez Monoprix et qui fait office de baume multi-usage
Ces quelques objets me connectent à une forme de féminité que je refuse d’abandonner, même sur la route. Comme je le racontais dans mon décryptage des routines célèbres, le self-care n’est pas une frivolité – c’est un acte de résistance.
Comment je gère mon budget (sans renoncer à tout)
Quand j’annonce que je vis avec très peu, beaucoup imaginent que je me prive de tout. Erreur. Je dépense simplement différemment. L’argent que je ne consacre plus à l’achat de vêtements ou d’objets décoratifs, je le réinvestis dans des expériences : un cours de cuisine traditionnelle au Vietnam, une excursion en bateau vers une île préservée, un billet pour un spectacle de danse contemporaine à Séoul.
Je tiens un tableau de bord méticuleux de mes dépenses, que je consulte chaque dimanche. Cette discipline me permet de savoir exactement où va mon argent et d’ajuster mes choix en conséquence. Loin de me sentir frustrée, je me sens plus riche que jamais – riche de temps, de liberté, et de souvenirs incroyables.
Type de dépense | Avant (%) | Maintenant (%) | Commentaire |
---|---|---|---|
Logement | 35 | 25 | Je privilégie les locations courtes et les échanges |
Nourriture | 15 | 20 | Je mange local et de saison, souvent au marché |
Transport | 10 | 15 | Je voyage lentement, en privilégiant le train |
Loisirs/Culture | 5 | 25 | Mon poste principal : experiences et apprentissages |
Épargne | 20 | 15 | Je continue à mettre de côté pour l’avenir |
Comme je l’expliquais dans mon article sur les routines des personnes qui réussissent, la vraie richesse ne se mesure pas à ce qu’on possède, mais à ce qu’on ose vivre.
Les regards des autres : entre admiration et incompréhension
Quand je raconte mon mode de vie, les réactions sont extrêmement polarisées. Certains me regardent avec des étoiles dans les yeux, voyant en moi l’incarnation du courage et de la liberté. D’autres affichent un scepticisme teinté de pitié, convaincus que je fuis une réalité qui finira par me rattraper.
Mes parents oscillent entre ces deux extrêmes. Ma mère garde précieusement mes affaires dans ma chambre d’enfant, « au cas où je reviendrais ». Mon père, plus pragmatique, me envoie régulièrement des offres d’emploi « stables et sérieuses ». Leur inquiétude est touchante, même si elle me pèse parfois. Je comprends que mon choix remet en cause tout ce pour quoi ils ont travaillé dur.
Pourtant, je ne rejette pas leurs valeurs. J’ai simplement choisi d’autres priorités. Comme l’écrivait si bien Albert Camus : « Le seul moyen de deal avec un monde non libre est de devenir si absolument libre que votre très existence est un acte de rébellion. »
Ce que j’ai vraiment perdu… et gagné
Alors oui, j’ai perdu des choses. La sécurité d’un revenu fixe. Le confort d’un chez-moi permanent. La reconnaissance sociale qui va avec un poste « convenable ». Mais ce que j’ai gagné dépasse largement ces pertes :
- Une confiance en moi radicale, forgée dans l’inconfort
- Une adaptabilité à toute épreuve
- Une gratitude infinie pour les petites choses
- Des rencontres improbables qui ont changé ma vision du monde
- La certitude que je suis capable de me débrouiller partout
Comme je le partageais dans mon témoignage sur les choix qui isolent, suivre sa voie implique parfois de marcher seul – mais quelle vue magnifique on découvre en chemin !
Et maintenant ? La suite de l’aventure
Aujourd’hui, je ne pourrais plus revenir en arrière. Comme l’écrivait si bien Jean-Christophe Rufin dans « Le tour du monde du roi Zibeline » : « Ce qu’on ne peut empêcher, il faut le vouloir. » J’ai voulu cette vie, et maintenant qu’elle est mienne, je ne pourrais m’en défaire sans me défaire de moi-même.
Je ne sais pas où je serai dans six mois, dans un an, dans cinq ans. Peut-être dans une petite maison au bord de la mer, peut-être dans une autre ville, peut-être sur les routes d’un continent que je n’ai encore jamais exploré. L’incertitude, qui terrifiait tant mes parents, est devenue ma compagne la plus fidèle. Elle m’apprend à danser avec la vie au lieu de vouloir la diriger.
Mes parents finiront-ils par comprendre ? Peut-être pas complètement. Mais je vois déjà une lueur d’admiration dans leurs yeux quand je leur raconte mes aventures. Et au fond, c’est peut-être ça, le plus important : continuer à avancer, même quand ceux qu’on aime nous regardent marcher dans une direction qu’ils ne comprennent pas tout à fait.
Comme je le découvrais en testant cette routine matinale qui change tout, parfois les plus grands bouleversements commencent par de tout petits pas. Le mien a été de faire mon sac et de sortir de ma zone de confort. Et vous, quel sera le vôtre ?